« Enfermé.e » de Jacques SAUSSEY

Informations :

Titre : enfermé.e

Auteur : Jacques Saussey

Editeur : French Pulp Editions

Nombre de pages : 383 pages

Format  et prix : broché 18 €

Date de publication : 11 octobre 2018

Genre : polar

Résumé :

Les premiers papillons ont éclos derrière des paupières. Elle en avait déjà vu de semblables, enfant, un été au bord de l’océan, jaunes et violets contre le ciel d’azur. Elle était allongée au soleil, l’herbe souple courbée sous sa peau dorée. Le vent tiède soufflait le le sel iodé de la mer dans ses cheveux. Aujourd’hui, l’astre était noir. Le sol dur sous ses épaules. Et l’odeur était celle d’une marée putride qui se retire. Les papillons s’éloignent de plus en plus haut, de plus en plus loin. Et l’air lui manquait. Lui manquait…
Elle a ouvert la bouche pour respirer un grand coup, comme un noyé qui revient d’un seul coup à la surface.
Les papillons ont disparus, brusquement effrayés par un rugissement issu du fond des âges…

Mon avis :

Voilà un résumé qui ne nous avance pas…Ce qui m’a poussé à ouvrir ce roman, c’est l’auteur, il ne faut pas se cacher, Jacques à une plume magnifique. Et dans ce nouveau livre, je n’ai pas été déçue, loin de là. Un méga coup de cœur pour moi.

Deux histoires se mêlent, on navigue entre les années 90 et aujourd’hui.

Début des années 90,  La Mère se rend compte que son fils de 4 ans est différent des autres. Il est du coup totalement rejeté par son père, qui est persuadé qu’il va réussir à le faire plier, à le remettre dans le chemin normal. Mais c’est quoi le droit chemin ? Celui qui est conforme aux convenances ? Ou celui qui nous convient à nous ?

La lecture est oppressante. On se rend compte que quelque chose ne va pas, on tente de deviner quoi, on frissonne, la peur commence à nous bouffer les entrailles. J’ai eu pitié de la Mère, tellement dévouée à son fils. Qui cherche à comprendre, elle aussi. J’ai haïs le Père, incapable d’aimer sa femme et son fils, ne pensant qu’à sa prochaine partie de jambes en l’air avec une bimbo pulpeuse. L’écriture est choc. Pas de nom, juste « la Mère », « le Père », « l’Enfant », histoire de déshumaniser ces personnages pourtant diablement humains.

En 2018, Virginie, ancienne délinquante ayant purgé sa peine pour meurtre, trouve un emploi d’aide soignante dans un Centre pour personnes âgées, où tous les employés sont d’anciens prisonniers en réinsertion. Virginie est différente. Elle va passer entre les bras de tous les hommes du Centre, Le Surveillant, Le Chétif, Le Musicien, Le Moche. Quel est son but ? Se punir de quelque chose ? Et toujours cette absence de prénoms. Désincarnation totale.

L’écriture est extrêmement dure, crue, violente. Attention, les détails des scènes de sexe sont terriblement gores,  ce n’est pas du sexe câlin, je tiens à le préciser. Ce livre n’est pas à mettre sous tous les yeux. La nausée n’était pas loin…

Le sujet des transgenres, tabou, trop méconnu, est  abordé de manière simple, sans filtres, avec de nombreuses références médicales et psychiatriques. Le lecteur ressort de cette lecture en ayant compris, d’une part, le calvaire que vivent les transgenres, mais également en comprenant mieux le mécanisme de cet état, et ce qu’il faut faire pour aider ces personnes certes différentes, mais au final, pas tant que ça. Expliquer, c’est comprendre. Et c’est ce qui manque dans notre société où la moindre différence est jugée et négativée. Ce qui est terrible c’est que l’on devient une victime dès lors que l’on est différent.

Le récit de la vie carcérale de Virginie est effroyable, le sexe carcéral est une réalité, et les gays et les transgenres sont en première ligne. Il faut le savoir. Le pire, c’est que tout le monde le sait et tout le monde ferme les yeux.

Virginie a passé sa vie enfermée : dans sa famille, dans sa cellule, dans son propre corps. Le pouvoir d’exister enfin telle qu’elle se voit, y aura-t-elle accès un jour ?

Cette lecture m’a totalement fait perdre la notion du temps. Dévorée en un temps record, le genre de livre que l’on ne peut pas lâcher, qui obsède chaque seconde passée loin de lui, dans l’attente de pouvoir s’y replonger. Je me suis nourrie de Virginie, elle est devenue mon amie, le temps d’un roman. Un énorme coup de cœur, de ceux qui restent gravés longtemps dans le cœur et l’âme.

Il y a eu Marianne de Karine Giebel. Il y a désormais Virginie de Jacques Saussey…

enfermee jacques saussey2093341552..jpg

 

10 commentaires

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s