« L’épidémie » de Åsa ERICSDOTTER

Informations :

Titre : l’épidémie

Auteur : Åsa Ericsdotter

Éditeur : Actes Sud

Nombre de pages : 432 pages

Format  et prix : broché 23 € / numérique 16.99 €

Date de publication : 4 mars 2020

Genre : dystopie

Résumé :

Le politicien Johan Svärd a pris le pouvoir grâce à une victoire électorale historique. Sa promesse de campagne : éradiquer l’obésité. Le jeune chercheur Landon Thomson-Jaeger voit alors sa copine tomber petit à petit dans l’anorexie, et les églises se transformer une à une en centres de santé. C’est en essayant d’échapper à la propagande qu’il rencontre Helena, qui vient de perdre son emploi car les infirmières ayant de l’embonpoint ont, selon le Parti, une influence néfaste sur les patients.
Le Parti de la Santé est prêt à tout pour faire disparaître l’obésité. D’ailleurs, où sont passés les obèses ? Quand Helena disparaît à son tour, Landon part à sa recherche et fait sur son chemin des découvertes qui font froid dans le dos… que se passe-t-il dans les « camps pour obèses » du Parti, et jusqu’où iront les contrôles ? Le climat social est rude et la menace pèse…

Mon avis :

Johan Svärd, Premier Ministre suédois candidat à sa propre réélection, a un objectif de campagne pour lequel il va se donner absolument TOUS les moyens : éradiquer l’obésité. Il est vrai que la population suédoise s’est laissée aller, privilégiant la mal bouffe au sport, et cela s’est répercuté sur le chiffre indiqué sur la balance.

Au départ plutôt gentillet, ce roman progresse vers l’horreur absolue. On attaque avec des messages de prévention, un peu du style « Mangez, bougez » que l’on connaît depuis quelques années. On se remet soi-même en cause. Est-ce que j’abuse des sodas ? Je fais assez de sport ? En Suède, les canapés ont été remplacés par des appareils de fitness. Je me dis, en effet, au lieu de rester vautrés sur Netflix, courir sur un tapis en regardant sa série préférée, c’est plutôt ludique et sain. J’en suis presque à chausser mes baskets…

Nous faisons connaissance avec Helena, ancienne infirmière, qui élève seule sa fille. Toutes les deux en surpoids, dans le collimateur des autorités sanitaires, Helena refuse de passer par la case opération bariatrique, pour elle et encore moins pour sa fille. Gloria, quant à elle, a été licenciée de son poste d’enseignante, car son Indice de Masse Grasse et Masse Musculaire (IMGM) s’avère trop élevé.

Car le gouvernement a mis en place des solutions pour le moins radicale : outre les taxes sur le gras et le sucre, la conséquence d’un IMGM supérieur à 42 est la perte de son emploi, de son logement, l’obligation de suivre un stage de remise en forme et de perte de poids, accepter (sous la contrainte…) des opérations chirurgicale amaigrissantes. Troubles alimentaires, problèmes psychiques, stigmatisation et mise à l’écart, ce lavage de cerveau de la population a des effets secondaires désastreux.

Les suédois se plient à toutes ces contraintes, moutons dociles face au mouvement imposé, perdant toute capacité de réflexion. Tous ? Non. Landon, obèse mais encore « dans les clous », constate avec effarement la montée en charge de l’extrémisme. Cela l’inquiète, d’autant plus le jour où Helena disparait mystérieusement.

Un roman effrayant, qui se lit la peur au ventre. Car la solution radicale trouvée par Svärd pour arriver à ses fins nous rappelle autre chose (va falloir lire le lire pour savoir ce dont je parle). J’ai été horrifiée.

La plume d’Åsa est vive, acérée. Elle pousse le lecteur à une puissante réflexion, propose un scénario catastrophe mais pas si imaginaire que cela. Car les dictatures sont partout. Que ce soient des dictatures politiques ou celles de l’image que nous renvoie notre miroir. La déviance, la soif du pouvoir, la mégalomanie, sont autant de sujets connus dont nous avons de nombreux exemples de part le monde. L’obésité n’en est que le point de départ. Cela aurait pu être un autre sujet, le résultat aurait été identique. Vraiment alarmant.

Et si Åsa  a décidé de choisir l’obésité, ce n’est pas pour rien, dans notre société où le paraître et l’image de soi deviennent obsessionnels pour beaucoup d’entre nous. Il n’y a qu’à voir le nombre de publicités pour perdre du poids, ou encore le fleurissement chaque printemps d’articles dans la presse féminine sur le dernier miracle en vogue pour obtenir un « body summer » parfait. Une dystopie, ok, mais qui, finalement, pourrait très bien se réaliser.  Vu certains politiciens dans le monde qui sortent plus d’un théâtre de guignol…Et vu les critères de la beauté imposés…

Un roman que je vous conseille. Déjà pour l’originalité de son sujet, ensuite pour cette vision extrême qui donne à réfléchir sur pas mal de choses, et enfin pour la découverte d’une auteure suédoise très prometteuse.

#lépidémie   #ÅsaEricsdotter   #ActesSud

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En bref :

Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : j’avais vu de bon retour d’amis lecteurs, je me suis donc laissée porter par la vague.

Auteur connu : « L’épidémie » est le premier roman d’Åsa traduit en France. Gageons que ce ne sera pas le dernier !

Émotions ressenties lors de la lecture : beaucoup de colère, de tristesse. Un effroi terrible au vu de la tournure des évènements. Cela m’a glacé le sang !

Ce que j’ai moins aimé : niveau récit, plume, histoire : RAS. Mais à propos de la couverture : berk ! Moi qui suis sensible aux couvertures, je vois passer celle-ci, je passe mon chemin direct. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait avant de découvrir les retours des lecteurs.

Les plus : l’idée, la construction, le sujet traité jusqu’au bout du raisonnement, jusqu’au bout des possibilités. L’effroyable parallèle avec un pan de notre Histoire.

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